Solidarité, autonomie et citoyenneté

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  • Au-delà de cette idée force, le concept d’économie sociale et solidaire est difficile à définir et à cerner. Il recouvre diverses dénominations correspondant à différents courants de pensée et débats doctrinaires pour rendre compte de la variété et de l’évolution de ses multiples composantes, héritières d’une longue et riche histoire (« tiers secteur », « économie sociale », « économie sociale et solidaire », « économie plurielle »). Ces composantes sont essentiellement au nombre de trois : les mutuelles, les coopératives et les associations. Toutefois, les organisations et les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont régies par des principes « communs » qui mettent en question les fondements de l’ « économie de marché pure et dure ».
    Ces principes fondateurs sont les suivants (Cf. le rapport établi par Thierry Jeantet à la demande du Délégué Interministériel à l’Innovation Sociale et à l’Economie Sociale - avril 2000) :

    - libre adhésion des individu-es.
    - gestion démocratique (« une personne, une voix »).
    - non-cumul individuel des profits (juste répartition des excédents).
    - constitution d’un patrimoine collectif (absence de capital pour les associations et les mutuelles, réserves impartageables pour les coopératives).
    - solidarité (interne comme externe).
    - utilité et qualité des services et des produits (accessibilité en termes de prix, respect de la santé des personnes, de l’environnement …).
    - épanouissement de l’individu-e (par la formation et la culture).
    - autonomie vis-à-vis de l’Etat et de tout pouvoir constitué.

    Ces principes induisent un certain nombre de règles concernant les pratiques de l’économie sociale et solidaire au niveau économique ou socio-politique. Quelques exemples, à titre d’illustration :

    - l’économie ne se réduit pas au marché ; elle inclut les règles de redistribution et de réciprocité.
    - l’économie est un moyen et non une fin : le marché et le capital ne sont que des « outils ».
    - la primauté de la personne sur le capital, du lien social sur le bien économique.
    - les bénéficiaires finaux ne sont pas les financeurs mais la collectivité des clients - usagers directs ou indirects, en particulier les publics spécifiques visés et les salariés de ces secteurs.
    - l’économie sociale et solidaire privilégie les processus contractuels, la concertation, la participation des acteurs, la valorisation des spécificités locales tout en respectant les principes d’utilité sociale et de développement durable au sein d’un territoire.
    - l’économie sociale et solidaire doit favoriser l’émergence et la mise en œuvre de nouvelles initiatives individuelles ou collectives visant à apporter des réponses concrètes aux problèmes économiques et sociaux d’aujourd’hui, et à faire de la prospective un outil au quotidien.
    - elle doit promouvoir la gestion et le fonctionnement démocratiques (par exemple, les Sociétés Coopératives Ouvrières de Production / SCOP, dont les statuts juridiques se référent à des principes de démocratie interne et de cogestion correspondant aux objectifs de l’économie sociale).
    - les salariés, les citoyens doivent pouvoir s’exprimer et agir tant sur les choix importants en matière politico-économique que sur les décisions plus concrètes les concernant.
    - la nécessité de lutter contre toute forme de discrimination et d’inégalité (dans le domaine du travail, des loisirs, de la culture, de la santé, de l’environnement, etc.).
    - la nécessité également de mettre en place et de développer des pratiques solidaires, sous la forme d’actions collectives basées sur l’entraide mutuelle et la réciprocité, par exemple dans le domaine financier (« la finance solidaire » dont l’objectif est de réactiver les solidarités financières de proximité en faveur des personnes ayant des difficultés d’accès aux crédits bancaires traditionnels) ou dans l’organisation du commerce international (« le commerce équitable », système de coopération solidaire entre les pays riches du Nord et les producteurs du Sud, établissant entre producteurs et consommateurs des échanges fondés sur la dignité).

    Ces valeurs et principes de fonctionnement guident ou devraient guider tout organisme se reconnaissant pleinement dans l’économie sociale et solidaire. « Il est à regretter que certains en viennent, de temps à autre, à déroger à ce code de conduite, sous la pression de difficultés ou d’ « appétits » financiers. Mais la « vigilance citoyenne, récemment instaurée, a, aussi mission de s’exercer dans son propre jardin » (Geneviève Lecamp, séminaire international sur l’économie sociale, organisé par le gouvernement régional basque, Bilbao, 26 avril 2001).



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