Les mutualistes ont toute légitimité à être actionnaires de référence


Jean-Louis Bancel, président du Crédit coopératif, note que la gestion prudente du capital mutualiste est une garantie de solidité et de vision à long terme qui devrait rassurer les actionnaires dans la reprise de la société de réassurance SCOR ces derniers jours, plusieurs voix critiques ont fustigé, dans la presse, les entreprises mutualistes et coopératives, s’insurgeant contre la possible reprise de la société de réassurance SCOR par le groupe mutualiste Covea (MMA, MAAF et GMF).

Rappelons d’abord que, de longue date, les entreprises mutualistes sont des actionnaires stables et loyaux de la SCOR. Si aujourd’hui nous avons un réassureur français de dimension mondiale, c’est grâce au monde mutualiste qui, depuis une trentaine d’années, s’est comporté comme un actionnaire sur le long terme. Il serait insupportable de laisser accroire que les structures coopératives et -mutualistes sont des entreprises réfractaires à toute ouverture au monde.

Le secteur mutualiste est un contributeur important à l’économie de notre pays : il représente 10 % du produit intérieur brut et près de 13 % des emplois privés. Au-delà des éléments propres à cette opération, certains justifient leur refus de la légitimité de l’intervention des -entreprises coopératives et mutualistes comme actionnaires de référence au nom de postulats qui méritent une critique rationnelle.

" Biens de main morte "
Il est ainsi invoqué que les structures -coopératives et mutualistes, en étant -fidèles à leurs règles de fonctionnement, à savoir une distribution limitée des -résultats annuels avec en corollaire leur accumulation dans des réserves impartageables, seraient un lieu d’accumulation de " biens de main morte ". Avec cette -expression, on retrouve le jugement -moral propre à la période révolutionnaire contre les biens du clergé.
Un tel reproche n’est pas sans rappeler celui fait par le Fonds monétaire international (FMI) en 2007, qui accusait les -banques coopératives européennes d’être trop riches en fonds propres, du fait des bénéfices mis en réserves. Une telle analyse était fondée à l’époque sur la comparaison du rendement sur le capital investi par rapport aux banques cotées en Bourse.

La crise financière de 2008 et les ravages qu’elle a occasionnés aux banques qui avaient optimisé à la baisse leur niveau de fonds propres a magistralement démontré par l’absurde la -confiance générée par le fonctionnement coopératif et mutualiste.
Aujourd’hui, les régulateurs du secteur de la banque et de l’assurance reconnaissent sans équivoque l’apport des réserves impartageables des mutuelles et -coopératives à leur solidité prudentielle.
On peut ainsi penser que les clients que la SCOR réassure pourraient être intéressés par le fait que des actionnaires à long terme présentent un niveau élevé de solidité financière qui n’induise pas une remontée de dividendes à l’excès. Une telle position serait même de nature rassurante, car elle permet de fixer une stratégie raisonnée et à long terme, tout en ayant les moyens de sa mise en œuvre.

Le sujet essentiel est par conséquent de savoir comment sont investies, sous le contrôle effectif de leurs sociétaires, les réserves impartageables des coopératives et des mutuelles. Lorsqu’on prend le temps de regarder, on constate qu’elles le sont dans la stratégie de leur entreprise ou de leur groupe, c’est-à-dire in fine au service de l’économie réelle. Il est donc incorrect de qualifier ces réserves de " biens de mainmorte ", c’est-à-dire de sommes stérilisées pour l’économie réelle. On ne voit pas en quoi l’investissement dans le capital d’une grande entreprise de réassurance serait un projet -spéculatif ou immoral qui serait défendu à des mutuelles ou des coopératives qu’il faudrait protéger en les mettant sous -tutelle. Au nom de quelle
immaturité ?

Ces critiques font mine d’oublier que le secteur financier mutualiste est soumis aux règles européennes prudentielles de transparence et de reporting. Et que la -réglementation impose les mêmes critères de compétence et d’expérience pour le
choix de leurs administrateurs, que ceux s’exerçant pour les sociétés cotées.
En somme, attendons de voir ce que les protagonistes de cette affaire ont à dire aux actionnaires sur le projet qu’ils -portent pour l’avenir de la SCOR, et gardons-nous des arguments péremptoires sur le statut des entreprises, arguments destinés à nous faire oublier toutes les composantes du débat.

L’expérience montre que mutuelles et coopératives ont la capacité et les structures qui leur permettent d’être des bâtisseurs à long terme, et d’apporter les moyens et la solidité nécessaires à la mise en œuvre d’un plan stratégique.



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