L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) ne fait pas la fortune des associations


Notre journaliste Mathieu Castagnet a enquêté auprès de plusieurs associations. Verdict : le remplacement de l’ISF par l’impôt sur la fortune immobilière entraîne une baisse des dons aux associations. La chute dépasse parfois les prévisions les plus pessimistes.

Le compte à rebours s’achève. Les contribuables assujettis à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) ont jusqu’à ce soir minuit pour remplir leur déclaration et pour finaliser les dons qu’ils voudraient déduire de leur impôt sur le patrimoine. Pourtant, avant même l’expiration du délai, les fondations habilitées à recevoir les dons ne se font plus d’illusion. La baisse redoutée est au rendez-vous, souvent même plus forte que dans leurs prévisions les plus pessimistes.

En allégeant l’imposition des contribuables aisés de 4 milliards d’euros, le passage de l’ISF a l’IFI avait toutes les chances de peser sur les comptes des associations. Certes, la déduction de 75 % des sommes données demeure. Mais le nombre de foyers concernés chute de 350 000 à 150 000 seulement. Quant à ceux qui restent assujettis à l’IFI, ils voient leur facture fiscale baisser fortement. Ils peuvent donc la réduire ou l’effacer avec des dons moins importants.

Ces changements n’avaient évidemment pas échappé aux fondations d’utilité publique qui avaient recueilli plus de 270 millions d’euros de dons ISF l’année dernière. Celles-ci s’étaient donc préparées à un choc, tout en espérant qu’il resterait limité. Ce n’est nullement le cas et l’optimisme n’est plus de mise : la chute est là et elle s’avère drastique.

« Nous avions estimé que l’IFI nous ferait perdre 50 % par rapport à l’ISF. On espérait faire un peu faire mieux mais en fait c’est pire. La baisse approche 60 % », confie Marie-Carmen Carles, directrice générosité et philanthropie du Secours catholique. Ce sont ainsi 3 millions d’euros qui vont manquer pour financer les actions de solidarité.

Du côté de la Fondation de France, aussi, les recettes ont fondu. « J’avais tablé sur une baisse de 40 %, on sera proche de 50 %. C’est 5 millions d’euros en moins », précise Frédéric Théret, directeur du développement de la Fondation de France. Le décrochage est plus sévère encore pour Apprentis d’Auteuil, près de 70 % !

La situation s’avère un peu meilleure pour le Collège des Bernardins, très dépendant des dons ISF. « Nous perdons 20 à 25 %. C’est beaucoup même si c’est mieux que pour beaucoup de mes collègues », note Anne-Sophie Gracieux, responsable du mécénat des particuliers. Cette relative bonne fortune, explique-t-elle, tient au fait que nombre de ses grands donateurs vivent à Paris, là où la flambée de l’immobilier conduit de nombreux contribuables à payer le nouvel IFI.

Au-delà des spécificités, nul n’échappe à la baisse. « C’est un constat unanime et vu l’ampleur du recul, il est évident que ces pertes ne seront pas rattrapées par ailleurs, assure Nolwen Poupon, responsable des études à France générosité, le syndicat réunissant les grands acteurs de la philanthropie. Certes, on peut espérer que les autres dons, ceux déductibles de l’impôt sur le revenu, vont augmenter en fin d’année. Mais cela permettra au mieux de limiter les dégâts »

La clôture de la période de récolte des dons IFI montre clairement que l’économie d’impôt réalisée par les contribuables aisés ne s’est pas traduite par une poussée de leur générosité. « Nous sommes au contraire en train de perdre certains donateurs, ceux qui étaient les plus sensibles à la réduction fiscale. Je crains que nous ayons du mal à les retrouver », soupire Samuel Coppens, chargé des relations publiques à l’Armée du Salut, qui déplore une baisse de 25 % de sa collecte depuis deux mois.

Certaines associations reconnaissent d’ailleurs une part de responsabilité dans cette situation. « Durant des années nous avons communiqué pour encourager les donateurs à maximiser leur don en fonction de leur impôt. Cette logique se retourne contre nous quand l’impôt diminue », constate le dirigeant d’une grosse fondation. Effectivement, confirme Anne-Sophie Gracieux, « certains donateurs réguliers divisent cette année leur don par deux ou trois. Sans doute parce que leur montant d’impôt a diminué ».

Cette baisse des ressources est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient après une année 2017 déjà difficile en matière de dons et alors que les embûches se multiplient pour 2018. « Au début d’année, la hausse de la CSG a beaucoup pesé sur les retraités qui sont souvent des donateurs fidèles. Et maintenant on voit monter l’inquiétude générée par le futur prélèvement à la source, souligne Frédéric Théret, directeur du développement de la Fondation de France. Tout cela nuit au don, fragilise les associations et met en péril la poursuite d’actions de solidarité dont nous avons extraordinairement besoin »

Source : La Croix du 15/06/18 par Mathieu Castagnet


Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire...

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 
A propos de ESS et société, Enjeux et débats
ESS et Société a pris le relais de feu le site de Ressources Solidaires disparu en décembre 2017. Media social et solidaire dédié à l’économie sociale et solidaire en France et dans le monde, ESS et société permet de comprendre et de s’informer sur l’ESS au travers d’un agenda et d’une revue de presse sur l’économie sociale et solidaire L’information que vous recherchez pour comprendre et débattre sur ce (...)
En savoir plus »