Il y a de l’emploi dans le réemploi !


Une télévision évidée de ses composants électroniques, la vitre de l’écran généreusement ouverte faisant office de bar ; un vieux coffre de bois recouvert d’un tissu léopard noir et blanc ; un lustre désuet agrémenté de plumes roses fluorescentes ; un réfrigérateur des années 60 repeint en orange vif et rehaussé d’un hublot de machine à laver… À la Ressourcerie, le plus suranné des objets trouve une seconde jeunesse et se révèle, contre toute attente, d’une surprenante actualité. Dans cette boutique de 300 m2 située à Roubaix, on recycle les encombrants, ces objets laissés pour morts sur le trottoir, pour leur offrir une nouvelle vie grâce à un subtil relookage ou à un franc détournement.
Damien Vancoppenolle, jeune directeur de l’association la Cité du réemploi, dont l’objet est de promouvoir la pratique du réemploi des encombrants, est persuadé que les déchets sont un véritable gisement, pour l’heure très peu exploité. La Ressourcerie se rend, à la demande, chez les particuliers, mais travaille surtout en partenariat avec Esterra, société à laquelle la communauté urbaine de Lille a délégué la collecte des déchets. Celle-ci achemine vers la Ressourcerie les objets provenant de trois déchetteries (Tourcoing, Quesnoy-sur-Deule et La Chapelle d’Armentière). Aujourd’hui reconnue en tant qu’opérateur dans la filière de valorisation par réemploi des déchets ménagers encombrants, la Ressourcerie s’apprête à signer un contrat de sous-traitance avec Esterra.

« Il est important pour nous d’être reconnus dans notre activité, pour être plus qu’une "sympathique association" et accéder à une véritable professionnalisation », estime Damien Vancoppenolle. La Ressourcerie recycle les éléments de l’équipement de la maison et des loisirs : mobilier, vaisselle, luminaires, jouets, objets de décoration, de puériculture… Dans son tri, elle écarte les matériels électrique et électronique, laissant ce créneau à des associations spécialisées.

Limiter le recours à l’enfouissement
C’est Paul Deffontaine, vice-président de la communauté urbaine Lille métropole en charge de la gestion des déchets, qui, après avoir effectué un voyage d’étude au Québec, a lancé Damien Vancoppenolle sur la piste du recyclage des encombrants ménagers. « Depuis dix ans, une évolution importante a accompagné la collecte et le traitement des déchets ménagers classiques (collecte sélective et recyclage) ; il n’en est pas de même des produits des déchetteries et des encombrants », analyse-t-il. En témoigne la valorisation de 78 % des déchets collectés en déchetterie à Marquillies (Nord) en 2000, où le couple ressourcerie-déchetterie est en expérimentation depuis plus d’un an et demi, contre seulement 34 % à Roubaix. Sur les 700 000 tonnes d’ordures ménagères produites chaque année sur le territoire de la communauté urbaine de Lille, 200.000 tonnes proviennent de la collecte des encombrants, sur le trottoir et en déchetteries.

Actuellement, ce type de déchet est majoritairement destiné à la mise en décharge. Or, depuis le 1er juillet 2002, la réglementation limite le recours à l’enfouissement aux seuls déchets ultimes (c’est-à-dire à tout ou partie d’un déchet non valorisable, dans les conditions économiques et techniques du moment). La valorisation des déchets est donc une question dont les élus vont être rapidement obligés de se saisir. Tous les mois, la Ressourcerie récupère deux tonnes d’encombrants et parvient, in fine, à en transformer 1,2 à 1,5 tonne. Une goutte d’eau. « Je suis persuadé que nous pourrions faire beaucoup mieux », pense Damien Vancoppenolle.

Créer une trentaine d’emplois
Pour apporter une valeur ajoutée aux objets et accroître leur durée de vie, Damien Vancoppenolle s’est entouré d’une plasticienne (prestataire de service), d’un décorateur, d’une personne formée dans le domaine de l’environnement et d’une personne qui assure l’accueil dans la boutique. Quatre emplois ont été créés en tout (emplois-jeunes) et la Cité du réemploi s’est engagée à en créer trois autres en 2002, ainsi qu’à mettre en œuvre un plan de formation qualifiant pour chacun. La logique n’est pas celle de l’insertion. « La Ressourcerie n’est pas un tremplin ; notre but est de pérenniser les emplois », affirme Damien Vancoppenolle. D’ici trois ans, l’objectif est d’atteindre le potentiel d’activité qui permettrait de susciter une trentaine d’emplois durables.



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