Entretien avec Michele Dessenne sur l’expertise citoyenne

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  • Vous êtes membre de Résol, un réseau d’experts, et proposez aux entreprises de l’économie sociale de leur apporter une expertise citoyenne. Qu’entendez ?vous par là ?

    A l’origine nous avons fondé ce réseau pour réagir aux fusions et concentrations des grands groupes internationaux. C’était un moyen de garantir notre indépendance. Mais nous étions aussi mus par un souci que l’on pourrait qualifier d’éthique. Toutes les organisations qui ont créé Résol travaillent de longue date avec des entreprises de l’économie sociale, des collectivités territoriales, des syndicats et des comités d’entreprise. Nous avons fait le constat que ces structures s’adressaient de préférence à des grands groupes capitalistes plutôt qu’aux sociétés qui partageaient leurs valeurs. Et incidemment l’idéologie véhiculée par ces grands groupes avait des répercussions sur les finalités et l’organisation même de l’économie sociale. Nous avons donc pensé que s’il était nécessaire de la moderniser, cela ne pouvait se faire au mépris de son éthique à moins d’accepter sa dissolution progressive dans l’économie traditionnelle. Nous proposons donc de revivifier l’économie sociale en s’appuyant sur les valeurs qui ont présidé à son apparition à la fin du XIX e siècle. Avant tout elle place la personne et son épanouissement au cœur de son projet et non la recherche aveugle du profit. Son organisation du travail, sa communication doivent refléter ses valeurs.

    Pouvez-vous nous donner des exemples ?

    Prenons celui de la réalisation d’un audit dans une entreprise ou une association. On peut le réaliser en évitant d’aborder les sujets qui fâchent pour plaire aux commanditaires. Ou les traiter sans associer tous les acteurs à la recherche de solutions, mais alors on s’expose à ce que l’étude finisse au fond d’un placard. La manière citoyenne de le faire revient à impliquer tous les membres de la structure et de ne pas s’adresser aux seuls dirigeants. Bien sûr on va être confronté à l’expression des désaccords, mais c’est par le dialogue et la participation que l’on peut sortir par le haut de situations apparemment bloquées. Il faut laisser s’exprimer " les désaccords positifs " comme les appelle Patrick Viveret. On travaille à partir du principe que tous ont une connaissance originale et un avis intéressant sur le fonctionnement de la structure. Cette méthode porte en elle une dynamique qui se prolonge après l’intervention de l’expert, elle est un toujours un accélérateur de démocratie et de débat à l’intérieur de l’entreprise. La recherche manipulatrice d’une adhésion formelle à l’audit ne sert qu’à conforter les situations acquises en masquant les dysfonctionnements. Il faut donc promouvoir le concept d’audit participatif, de diagnostic partagé.

    Vous proposez la transformation de certaines associations en sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC). Pourquoi ?

    Je crois en effet que nombre d’activités associatives gagneraient à passer en statut SCIC. Le statut associatif n’est pas toujours adapté pour exercer des activités économiques. Cela permettrait notamment d’associer plus étroitement les collectivités territoriales (surtout les communes) et de pérenniser l’activité donc les emplois. Les associations sont dépendantes des subventions octroyées par les municipalités et à la merci des changements de majorité. Si les villes étaient associées au processus de production des SCIC, elles deviendraient co-employeurs. Or ce n’est pas la même chose de supprimer une subvention à une association que de déposer le bilan d’une société.
    Je préconise également que les communes prennent l’initiative de créer des SCIC. Elle ne peuvent évidemment pas se substituer aux autres acteurs du projet, mais pourraient le proposer et financer son lancement. Du point de vue des mairies les SCIC pourraient être des outils d’intervention économique et de démocratie participative au service des quartiers paupérisés. Pourquoi par exemple ne pas contribuer à créer des épiceries solidaires là ou les commerçants traditionnels ne viennent plus. Ces commerces coopératifs seraient d’autant mieux intégrés dans le tissu social urbain que les habitants seraient à la fois bénévoles, salariés et consommateurs de la SCIC. Ils assuraient ainsi une fonction de lien social en même temps qu’ils créeraient une activité utile à la collectivité. De plus, je suis convaincue que la SCIC est un statut qui fera converger la culture de l’économie sociale avec celle de l’économie solidaire.



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